Patagonie : le souffle du sous-continent

 

Isolement, climat âpre et changeant, vent insolent … Le cône du bout du monde collectionne les superlatifs inhospitaliers. Au grand bonheur des âmes exploratrices.

(article paru en couverture de Chullanka n°5)

 

On pénètre en Patagonie comme on entre en religion : la terre du bout du monde qui s’étend du 42° parallèle sud de l’Amérique Latine au Cap Horn porte ses icônes - les prodigieux explorateurs qui ont bravé ses océans furieux et sa géographie sauvage (Fernando de Magellan, Fritz Roy, Francisco Moreno, le capitaine Cook, Darwin…) ; elle a aussi ses temples et ses jardins d’Eden - plus de 30 parcs nationaux préservant des paradis de nature vierge ; ses chemins de croix – les nombreux sentiers de montagne dont l’isolement rebute les randonneurs débutants ; ses miracles quotidiens – la couleurs des lacs et rivière, tour à tour menthe fraîche, curaçao, bleu crème ou gris sombre ; ses démons – des bourrasques titanesques qui emplissent constamment l’atmosphère ou la rare fureur des torrents de montagne… Elle a aussi ses fidèles qui s’abreuvent de ces lieux de mythes et de légendes pour rêver d’aventure.

La Patagonie (de pata goa, grand pied) est en effet bien plus qu’un nom sur la carte du cône sud du sous-continent américain. Ce vaste territoire affranchi des frontières à cheval entre le Chili et l’Argentine, collectionne les superlatifs pour les fous de nature. « C’est la Mecque de l’outdoor », juge Cédric, un moniteur d’escalade et de canyoning qui a passé deux ans à arpenter la force tranquille de ce grand stade désert aux dimensions de géant. Presque deux fois grand comme la France, il abrite en moyenne deux habitants au km², sept fois moins qu’en Lozère, le département français le moins peuplé. « Je ne compte plus les fois où un sentiment de solitude et d’angoisse mêlé d’un bonheur intense m’a submergé dans l’immensité de ces espaces », confie Cédric.

 

Un pur concentré de nature

 

Marcher est l’activité la plus évidente pour approcher ces trésors de contemplation. Pas un tour opérateur spécialisé n’a d’ailleurs oublié d’inscrire la destination à son catalogue de trekking. « La Patagonie est un pur concentré de ce que la nature fabrique de plus beau », vante l’un d’eux à ses clients de plus en plus nombreux. Ce bout du monde qui affiche fièrement la ville la plus australe de la planète (l’ancienne base militaire chilienne Puerto Williams qui vient de ravir le titre à Ushuaia en adoptant un statut municipal !) recèle bien des visages le long de sa dorsale andine. A l’ouest, côté chilien, prédomine la forêt australe baignée de pluies presque toute l’année (on trouve notamment là de majestueux séquoia millénaires protégés par le parc national Los Alerces). Sur cette bande de terre qui dépasse rarement 200 km de large (pour 5000 de long !), un territoire aux allures léchées de petite Suisse (Los Lagos, le corridor des lacs) donne le ton : balades balisés dans les parcs et réserves, rafting de classe 2/3 voire 4 (sur la rivière Biobio, le fougueux Futaleufù ou la Trancura par exemple), canoë dans le corridor des lacs, pêche au saumon, ski « volcanique » et free ride sur les flancs du Villarica, course de montagne facile (le plus haut sommet du sud chilien, le volcan Lanin, atteint 3.747 mètres), raquette à neige dans les Araucaria sur un parterre presque mousseux tant il baigne dans l’humidité du Pacifique, peuvent ravir les plus tranquilles amateurs de grands espaces.

A l’Est, côté argentin, la cordillère fait barrage aux trombes d’eau du Pacifique. C’est une steppe semi-aride qui prédomine avec ses arbres rabougris que le vent étale à l’horizontal. Les seuls à garder les épaules hautes ici sont les cavaliers gauchos qui disputent aujourd’hui leurs grandes étendues aux « rats du déserts » comme ils appellent les bikeurs de plus en plus nombreux dans leurs sabots. Le flan ouest de la Cordillère, plus abrité, promet de belles sessions free ride, notamment autour de San Carlos de Bariloche.

 

Des gratte-ciel de glace

 

Il faut descendre plus bas pour goûter avec plus d’intensité l’exaltation des pionniers qui déflorèrent ce territoire du bout du monde au 15ème siècle, quand l’obscurantisme religieux soutenait que la terre était plate. A 150 km au nord de Puerto Natales, dans la partie australe de la Patagonie, les glaciers les plus actifs de la planète, inscrits au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco, dégringolent en grappes dans les lacs alentours où lézardent par milliers des glaçons aux reflets bleus métallique qui témoignent de la dynamique de ces géants. Côté chilien, c’est le parc Torres del Paine classé réserve mondiale de la biosphère, qui y donne accès. « Cet endroit exalte ce qu’il y a de plus beau dans la montagne : la pureté des lignes, les contrastes de lumières, le sentiment d’humilité », soutien François qui a baroudé dans le quartier. Sur 40 km², la Cordillère se profile en tours (torres) de granit sveltes orangers, et en ombres qui s’entrechoquent à l’aube dans un nuancier de teintes bleu foncé (paine dans le langage tehuelche des tribus indiennes). Avec leur profil de forteresse à conquérir au milieu d’un chaos géologique, elles font le bonheur des grimpeurs de tous niveaux.

Coté argentin, c’est le parc national Los Glaciares qui protège ses quarante sept joyaux translucides et froids : le gigantesque glacier Upsala qui renvoie l’haleine fraîche et bleutée de ses tentacules sur un front de cinq kilomètres, ou le touristique Perito Moreno qui étale la force titanesque de son avancée dans le gigantesque fracas de ses falaises de glace hautes comme des gratte-ciel. Près de 250 km de sentiers permettent d’aller tutoyer ces langues hérissées de pics ou de croiser le vol des condors, surprendre le hurlement d’un loup, le rugissement d’un puma, ou le crachat d’un guanacos, une espèce sauvage de lamas à poil roux…

Partant du hameau tout neuf d’El Chaltén (on y compte quelques cabanes en bois pour les randonneurs construites depuis 1994), les plus autonomes chaussent les crampons et endossent les ski pour faire le tour des camps de base du Fritz Roy - 3.375 mètres de pure difficulté alpine vaincu en 1952 par l’alpiniste français Lionel Terray - et du Cerro Torre - l’une des plus belles verticales de l’hémisphère sud (3.125 mètres plein gaz) qui a dû attendre 1974 pour voir « tomber » sa face ouest, puis 1986 pour voir déflorer sa mythique paroi est. « Le temps exécrable et les vents très violents y forment des champignons de glace qui rendent les ascensions périlleuses », explique Jean-Marc qui préfère affronter des terrains moins engagés avec ses skis de randonnée. Le Cerro Pyramide ou le grand tour du Fritz Roy sur l’océan de glace Helio Patagonico Sur, en sont des exemples au cœur de ce massif mal cartographié qui nécessitent de bonnes connaissances d’orientation et d’autonomie. D’autres découvre les flans de ce territoire de nature sauvage à cheval. La monture est partout dans ces contrées. « C’est le 4x4  des pays pauvres », plaisante Mirta qui tient un camping que son mari a équipé de l’électricité hydraulique sur la route australe.

C’est aussi le compagnon précieux des contrées plus extrêmes « où tu expérimente quatre saisons en une journée », prévient Cédric. Après les 10.000 km de son périple continental, la Cordillère se fragmente ici et s’immerge dans l’océan, créant un inextricable labyrinthe d’îles marquées par la misère des premières conquêtes : port famine, golfe des peines, détroit de la dernière espérance, île de la désolation… Comme une dernière marque religieuse de la Patagonie, elles protègent de leur chapelet la vaste Terre de Feu qui lui fait signe au-delà du détroit de Magellan.

 

Paul Molga

 

 

REPERES

 

Situation géographique La Patagonie est une territoire mal délimité qui s’étend au sud de l’Argentine et du Chili jusqu’au Cap Horn, à 3800 km du pôle sud.

 

Décalage horaire GMT – 3heures. A midi à Buenos Aires, il est 16 heures à Paris en hiver et 17 heures en été. Rajouter encore une heure entre Buenos Aires et les provinces de l’ouest.

 

Températures Entre 21°C au nord et 13°C au sud en été (du 21 décembre au 21 mars), et 5 à 8°C en hivers (juin à septembre). Le vent renforce la sensation de froid

 

Langue L’espagnol est la langue officielle. Mais beaucoup de communautés pratiquent leur langues d’origine : allemand, italien, anglais et un peu (de moins en moins) de français.

 

Saison Les meilleurs mois pour se rendre en Patagonie sont d’octobre à avril

 

Trajet 18.000 km séparent la France de la Patagonie. Le temps de voyage est presque de 20 heures.

 

 

EN PRATIQUE

 

Se rendre en Patagonie

En avion, des vols réguliers desservent Buenos Aires depuis la Bruxelles (Aerolineas Argentinas – 513 40 50 ; Iberia – 548 94 90 ; Avianca – 640 85 02), Paris (Aerolineas Argentinas – 01 53 77 15 01 ; Avianca – 01 42 60 35 22 ; Lufthansa, British Airways …) et Zurich (Avianca - 212 50 10). Ensuite, plusieurs vols intérieurs jusqu’aux plaques tournantes Rio Gallegos et Punta Arena (Aerolineas Aargentinas – (00-54-11 depuis la France) et 43 40 78 00 ; Austral Lineas Aereas - 322 19 37 ; Dinar Lineas Aereas - 47 78 18 61).

Les mêmes compagnies qui desservent l’Argentine desservent aussi Santiago du Chili, mais les vols intérieurs sont ensuite très chers (150 € jusque Punta Arena) : Avant Airlines (00-52-2 depuis la France) et 335 30 77 ; Lan Chile (00-56-2) 632 34 42. Préférez les autocar grande ligne, très modernes. Trois gares routières : Terminal de Buses Los Heroes (696 90 87), San Borja (776 06 45) Buses Alameda (776 10 38)

 

Formalités

Au Chili, le visa touristique est délivré à l’arrivée pour les ressortissants de l’Union Européenne. Il est valable 90 jours. Attention : le passeport doit être valable au moins six mois après votre date de départ prévue du pays. Pour entrer en Argentine, un passeport en cours de validité suffit.

 

Les Ambassades d’Argentine :

 

En France

Rue Cimarosa – 75116 Paris

Tel : 01 45 53 33 00

 

En Suisse

Jungfrausstrasse, 1 – 3005 Bern

Tel : 44 35 65

 

En Belgique

255 avenue Louisse Bte 3 – 1050 Bruxelles

Tel : 647 78 12

 

Les ambassades du Chili :

 

En France

2 avenue de la Motte Picquet – 75017 Paris

Tel : 01 45 51 84 90

 

En Suisse

Eigerplatz, 5 – 3007 Berne

Tel : (00-41-31) 50 745

 

En Belgique

17 Rue Montoyer – 1040 Bruxelles

(00-32-2) 512 46 00

 

 

L’outdoor en Patagonie

Véritable filon pour les tours opérateurs de voyages à pieds, la Patagonie est très présente dans les catalogues. Les circuits proposés et les prestations sont généralement éprouvées de longue date et relayées par des correspondants et professionnels locaux fiables et compétents.

Parmi les agences en France et en Belgique :

Allibert – Tel (Paris) : 04 76 45 22 26

Terres d’Aventure – Tel (Paris) : 01 53 73 77 77 (terdav@terdav.com)

Atalante – Tel (Lyon) : 04 72 53 24 80 (atalante@atalante.fr)

Club Aventure – Tel (Paris) : 01 44 32 09 30 / 0803 306 032

Aventura Latino Americana – Tel (Bruxelles) : (00.32.2) 64 40 530

Sudamerica Tours – Tel (Bruxelles) : (00.32.2) 770 80 21

 

Les réceptifs locaux sont également nombreux (indicatifs d’appel depuis la France) :

Trekking Patagonia Argentina – (00-54-2901) 42 26 37 (San Carlos de Bariloche)

Nature Style – (00-54-11) 43 12 14 29 (Buenos Aires)

Caminante – (00-54-901) 23 689 / 22 723 (Ushuaïa)

Yawen – (00-54-2964) 42 39 03 / 15 56 64 41 (créé par un ancien concurrent du Raid Gauloise installé à Rio Grande. Il organise des safaris photos, des randos kayak et des virées forestières en 4x4)

KL Trekking – info@klchile.com (un guide local pour des expéditions alpines vers Torres del Paine, le Fritz Roy…)

Dirty Bikes - (02944) 425616 dirtyb@bariloche.com.ar  (Mountain bike en Bariloche)
Fitz Roy Expediciones  – 49 3017

Cascada Expediciones – 232 72 14 cascada@ibm.net (Santiago)

NYCA Adventure - (02966) 15643110 (Río Gallegos); (02962)15628744 (El Chalten)

Fly Adventure - hromano@arnet.com.ar (la pêche sportive autour d’Ushuaia)

Altué Expediciones – 232 1103 – www.altue.com (Santiago)

 

Santé

En cas d'accident en Argentine, les premiers soins, sommaires, sont donnés par le service d'urgences d'un hôpital public. Pour être soigné convenablement, mieux vaut choisir ensuite d’être transféré dans un établissement privé, toujours très cher. Il exigera des ressortissants étrangers le paiement en espèces de l'intégralité des dépenses avant toute intervention. Mieux vaut donc souscrire une bonne assurance pour couvrir ce type de risques et les frais de rapatriement.
Trois établissements hospitaliers privés de Buenos Aires jouissent d'une bonne réputation : Hôpital Aleman, Pueyrredon 1640 - (54.11) 48 21 17 00 ; Clinica Suizo-Argentina, Pueyrredon 1461 - (54.11) 48 21 13 13 ; Hôpital Français, La Rioja 951 - (54.11) 48 66 25 46 et 49 31 35 07

 

Précautions sanitaires

Ne buvez jamais l’eau du robinet ou du ruisseau où que ce soit dans le pays. En cas d’absolue nécessité, purifier avec des pastilles d’Hydroclonazone ou de Micropur. De la même façon, ne consommez jamais de fruits déjà pelés, de crudités, de glaces (préparations à l’eau).

 

Mises en garde

L'activité sismique est particulièrement importante au Chili, le pays se trouvant sur la faille de Nazca, située au large de la partie nord. Renseignez vous sur la conduite à tenir en cas de tremblement de terre si vous êtes en villes.

 

Bon à savoir

. Un équipement adapté à la haute montagne n’est pas superflu pour apprécier la dimension sauvage de l’environnement patagon lorsque le mauvais temps est de la partie. On peut malheureusement prendre plusieurs semaines de tempête dans certaines provinces du sud. Tente trois saisons résistant aux vents, sur-pantalon, veste type Gore-tex, guêtres et chaussures imperméables à semelles semi-rigides ne sont pas du luxe.

. L’entrée du parc Torres del Paine est payante (environ 18$). Le Trekking en solo y est interdit et les alpinistes doivent se procurer une autorisation auprès de la Fédération andine du Chili à Santiago (011 562 222 0888). De façon générale, n’espérez pas dormir ou vous ravitailler à bon prix en bordure du parc des glaciers, côté chilien comme argentin. Soyez prévoyant en vous rendant à Perito Moreno : la première ville est à 80 km de distance.

. Le Chili a probablement une des infrastructures Internet les plus modernes au monde avec ses réseaux haut débit sans fil. Aucune difficulté pour trouver un cybercafé dans les villes et les grands villages. Le téléphone est également très performant et peu onéreux pour peu de s’y retrouver dans la jungle des opérateurs. Le téléphone portable européen ne fonctionne que si vous possédez un tribande ou qu’il accepte les réseaux GSM 1900 Mhz. Pensez à demander à votre fournisseur d'activer l'option « monde » de votre abonnement.

. Mieux vaut changer ses Pesos restant sur place avant de rentrer : la monnaie n’est pas convertible en France

. Le permis international et la majorité absolue (21 ans !) est nécessaire pour louer un véhicule

. Une bonne adresse à Paris : la Maison de l’Amérique Latine – 217 Bvd St Germain, 75007 Paris – 01 49 54 75 00

 

Bibliographie

La Patagonie - J. Catinus et J. Forton – Ed. Les guides Peuples du Monde

Le guide de l’Argentine – Ed.  de la Manufacture

Backpacking in Chili and Argentina – Ed. Bradt

Le Routard Argentine Chili (Un seul chapitre pas forcement à jour)

Argentina (Includes Chilean Patagonia) – Lonely Planet

 

Sites Web

www.interpatagonia.com – un incontournable qui joue l’unité géographique jusqu’aux détails

www.meridies.com.ar – une école de guide de Bariloche