Népal : le royaume des sentiers sacrés

 

Un quart des touristes qui se rendent au Népal y vont pour marcher et plonger dans le mythe d’un pays à ethnies et géographies variables. A trekker de toute urgence.

(article paru en couverture de Chullanka n°1)

 

Il avait fallu plusieurs semaines à l’expédition de Maurice Herzog pour rejoindre le camp de base du premier 8000 de l’histoire. Un demi siècle plus tard, le tour des Annapurna est devenu un classique pour les 100.000 trekkers qui se rendent chaque année au Népal. Fouler les fondations des géants de la planète est devenu une quête en soi facilitée par une organisation désormais rodée : routes, structures d’accueil, aéroports secondaires, parsèment aujourd’hui les chefs d’œuvre naturels de cette destination mythique, court-circuitant au passage les délais d’approche depuis la capitale Katmandou. Deux semaines, départ et retour en France, suffisent ainsi à poser un pied sur la première marche de l’escalier himalayen, plonger dans les épaisses forêts de rhododendrons, fouler les moraines des immenses glaciers des hautes routes, ou apprécier la richesse de la mosaïque des ethnies népalaises.

Mais cette relative « industrialisation » du tourisme n’a pas chassé l’esprit des premiers foulées. « Le Népal est une Mecque, un concentré de tous les bonheurs de la marche : aventure, découverte, rencontre, nature…Rien n’y manque », explique Guy, guide de haute montagne en Savoie qui accompagne souvent des expéditions de touristes en Himalaya. Ce territoire de hautes cimes (le Népal compte près de 280 sommets de plus de 6000 mètres), occupe il est vrai le haut du pavé parmi les destinations de trek. D’abord parce que la marche est inscrite dans cette civilisation comme une nature profonde. Le Népal est un pays de sentiers qui gravent dans ses terres les traces des échanges culturels et commerciaux qui ont modelé son histoire. Enserré entre la Chine et l’Inde, au carrefour montagneux des routes du sel, des épices, de la soie, et des trocs en tous genres, le petit royaume s’est construit dans une valse de conquêtes, d’invasions, de migrations multiples dessinant de nombreux chemins de traverses dans ses montagnes.

 

Mosaïque ethnique

 

Aujourd’hui, disent les scientifiques, près de soixante-quinze ethnies composent ce pays riche de 25 millions d’habitants : Néwars formant l’élite intellectuelle et artistique de la vallée de Katmandou, Gurungs et Magars peuplant la région de l’Annapurna, célèbres Sherpas arrivés au pied de l’Everest à la fin du moyen-âge, Gurkhas inspirateurs du système de castes venus d’Inde il y a 700 ans, Hindous de souche…

Cette histoire a tissé un réseau dense d’itinéraires présentant de multiples visages culturels, mais aussi géographiques très prisés des voyagistes. « Il y en a là pour toutes les têtes et tous les pieds », témoigne Cédric, cadre chez un opérateur télécom, passionné de trek devenu grands amateurs du royaume qu’il a parcouru à six reprises.

Les agences spécialisées proposent ainsi plusieurs catégories de parcours pour des durées de marche quotidienne dépassant rarement 7 heures : trek « en plaine » (moins de 3000 mètres) sur des sentiers faciles permettant de découvrir les vallées verdoyantes et les plus célèbres lieux de cultes ; treks de moyenne altitude (jusqu’à 4.500 mètres), demandant une bonne condition physique pour parcourir les innombrables terrasses sculptées pour les cultures du riz ; treks d’altitude (jusqu’à 5800 mètres) éprouvants à cause de leurs traversés répétées de cols au dessus de 4.500 ;  treks « aventure » enfin, réservés aux fans des hautes sphères.

 

En marche pour l’Annapurna

 

Un des circuits comptant parmi les plus spectaculaires, et sans doute l’un des plus complets pour une première approche du Népal malgré sa fréquentation, est le tour des Annapurna : 300 km, 18 jours de marche en moyenne, des paysages saisissants et un col à presque 5500 mètres. Il faut plus de 4 heures pour rejoindre en bus les 160 km qui séparent Katmandou de Begnas Tal, départ de ce trek à 900 mètres d’altitude. Une agitation ininterrompue anime la vie rurale qui s’étale à même le sol des rues de villages devant les maisons de torchis. Les nombreuses cultures que traversent les sentiers témoignent de la rusticité d’un pays essentiellement agricole.

Au mois d’octobre qui succède à la mousson, les journées sont chaudes et ensoleillées offrant de belles perspectives sur le panorama dégagé des sommets alentours, dont les imposants Annapurna. Difficile de résister aux « causeries » locales. Un maître à la sortie d’une école, un agriculteur, les commerçants dans leurs pasal, réduits de brics et de brocs acheminés à dos de porteur, y vont de leur sourire gratifiant, principale richesse de ce peuple parmi les plus pauvres d’Asie du sud. Les nuits dans les lodges, offrent aussi leurs occasions de rencontre. Les lodges sont de simples refuges disposant de quelques chambres sommairement isolées, de cuvettes d’eau chaudes et d’un poêle appréciable dans les arrières saisons. On trouve ces cabanes partout sur les parcours de trek, parfois à des altitudes étonnantes comme à Gorak Shep (5100 mètres) sur la route du Kala Pattar, où résonne la nuit l’écho des trompes de lamas dans les temples bouddhistes (gompas).

 

Sommets divins

 

Après une semaine dans les régions plutôt tropicales, le chemin entre justement en pays bouddhiste par le district de Manang. Le paysage est maintenant composé de pins. Les chemins se parent de monuments, Manis (amoncellements de pierres gravées de formules mystiques) et Stupas (monuments surmontés d’une pointe symbolisant la sagesse), témoignant des rapports sacrés des populations avec les sommets qui les dominent. L’Himalaya est pour les népalais la demeure des Dieux. Chacune de ses cimes (le Népal compte huit des quatorze géants de plus de 8000) évoque une divinité : « mère du monde » (Chomolungma, terme tibétain de l’Everest), « déesse de la turquoise » (Cho Oyu), « déesse de l’abondance et des moissons (Annapurna), « les cinq joyaux de la grande neige » (Kanchenjunga), « fils des dieux Shiva et Parvati » (Ganesh) … Le sentier du paysan est ainsi son chemin spirituel où tournent les moulins et claquent les drapeaux dispersant au vent ses prières vers ces divinités sublimes.

Le passage du col de Thorung La, point culminant du tour des Annapurna à 5416 mètres, donne l’occasion de les approcher. Mais gare au mal aigu des montagnes qui peu surprendre même les plus sportifs. Pour s’acclimater à ces effets parfois dramatiques et toujours désagréables résultant d’un disfonctionnement physiologique (maux de tête, vomissements, perte de l’équilibre, problèmes de vue…), le corps a besoin de temps. Au delà de 3000, on conseille de ne pas dormir en moyenne plus de 500 mètres plus haut que la nuit précédente et de consacrer un jour à l’acclimatation tous les 1000 mètres au dessus. « Le risque d’en être victime tient en haleine tous les trekkers des hautes cimes, mais le frisson vaut le coup », témoignent Lakpa, un sherpas qui accompagne les touristes qui se frottent aux antichambres de l’oxygène rare. Découvrir à l’aube le panorama saisissant des douze géants du Dhaulagiri Himal depuis le col de Thorung La, est ainsi un instant rare que même les Tibétains et Népalais saluent avec humilité en jetant là une pierre comme offrande au esprits divins qui peuplent la montagne.

C’est à cette altitude qu’on perçoit toute la profondeur de la « trek attitude » : un rythme lent mais régulier et sûr qui force la sérénité et la paix de l’âme. Après des millénaires de mystères, le Népal a enfin révélé le secret de ses richesses...

 

 

EN PRATIQUE

 

Se rendre au Népal

En avion, plusieurs vols réguliers de la Royal Népal Airlines desservent Katmandou depuis Paris (10 800 kilomètres) et Frankfort. Réserver très en avance – Tel : 01 53 73 77 53

 

Formalités

. Le visa s’obtient à l’entrée du pays (aéroport de Katmandou, payable en dollars et en espèce) ou à l’ambassade du Népal et ses consulats (par correspondance). Compter 31 € pour une entrée simple, 56 € pour une entrée double si vous envisagez par exemple de vous rendre au Tibet ou en Inde pendant votre séjour.

Ambassade du Népal, 45 bis rue des Acacias, 75017 Paris – Tel : 01 46 22 48 67 (nepal@world-net.fr)

Consulat général du Népal, 7 bis allée des Soupirs, BP 296, 31005 Toulouse Cedex

(joindre deux formulaires de demande de visas au passeport, deux photos d’identité, un chèque à l’ordre du Consulat général du Népal et l’affranchissement en timbres pour le retour en recommandé)

 

. Assurance. Un secours hélicoptère en montagne coûte entre 1000 et 2000 $ de l’heure, facturés même en cas de sortie infructueuse. Les compagnies assurant ce services ne se déplacent que si le paiement est garanti... Mieux vaut donc être convenablement assuré : clause rapatriement Haute Montagne sur votre contrat ou assurance spécifique.

 

. Permis de trek. Depuis 1999, ce document n’est plus obligatoire sur les itinéraires très fréquentés comme les massifs de l’Everest et des Annapurna. Mais la nature fluctuante de la législation népalaise impose une vérification à l'Immigration Office de Katmandou ou de Pokhara. Ouvert de 10 h à 13 h du lundi au vendredi. Remplir 2 formulaires avec 2 photos et laisser le passeport. Les demandes se font exclusivement le matin, les retraits l'après-midi. Les permis de trek sont tarifés à la semaine 5 US$ par personne et par semaine de trek.

Certaines restricted area nécessitent des permis spéciaux : Kanchenjunga, Manaslu, Haut Dolpo et Haut Mustang notamment. Ils sont délivrés par l’intermédiaire d’une agence habilitée. Leur coût est élevé, ce qui explique la faible fréquentation de ces régions : comptez par exemple 700 US $ pour 10 jours dans le Haut Dolpo et 90 $ la semaine au Manaslu.

Attention : circuler sans ce document peut poser de vrais problèmes en cas de contrôle (fréquents), allant jusqu’à l’expulsion immédiate du pays avec interdiction de séjour pendant plusieurs années.

 

Trekker au Népal

Véritable filon pour les tour opérateurs de voyages à pieds, le Népal est très largement présent dans les catalogues du monde entier. Les circuits proposés et les prestations sont généralement éprouvées de longue date et relayées par des correspondants et professionnels locaux fiables et compétents. Certains guides de haute montagne connaissant bien la destination, propose des accompagnements personnalisés.

Parmi les agences en France :

Allibert – Tel : 04 76 45 22 26

Terres d’Aventure – Tel : 01 53 73 77 77 (terdav@terdav.com)

Atalante – Tel : 04 72 53 24 80 (atalante@atalante.fr)

 

On peut aussi acheter son trek sur place auprès de prestataires locaux.

Parmi les agences francophones au Nepal (Indicatif depuis la France : 00 977 1)

Mandala Trekking - Fax : 42 80 42 – mandala@trek.mos.com.np

Thamserku – Fax : 35 43 23 – serku@vishnu.ccsl.com

Celtic Trekking Adventure – Fax : 26 51 22 celtic@wlink.com.np

Glacier Safari Treks - Fax : 41 85 78 – gst@wlink.com.np

Karma Sherpa - Fax : 52 23 91

TinTin Trekking - Fax : 24 84 03 – add-tintintk@ccsl.com.np

Great Himalayan Adventure - Fax : 22 76 00

Atalante Nepal - Fax : 48 36 61

Pabil Treks, Fax : 41 96 92 – pabil@obc.mos.com.np

 

Santé

. Vaccins

Le Népal jouit d’un climat sain d’altitude. Aucun vaccin n’y est obligatoire mais la typhoïde est fréquente. Mettez également à jour vos vaccins antipolio, antidiphtérique, antitétanique et éventuellement hépatite A véhiculé par le manque d’hygiène alimentaire et la mauvaise qualité de l’eau.

 

. Précautions sanitaires

Ne buvez jamais l’eau du robinet ou du ruisseau où que ce soit dans le pays. En cas d’absolue nécessité, purifier avec des pastilles d’Hydroclonazone ou de Micropur. De la même façon, ne consommez jamais de fruits déjà pelés, de crudités, de glaces (préparations à l’eau). Evitez les boissons à bases de laitages qui n’ont pas été bouillis, comme le lassi, boisson parfumée et crémeuse faite de lait, d’eau, de sucre et de sel.

 

. Secours sur place

Des médecins occidentaux assurent informations et secours pendant les saisons de trek à Periche vers le camp de base de l’Everest, et à Manang sur le tour des Annapurna. A Katmandou, l’Himalayan Rescue Association délivre des informations sur le mal aigu des montagnes et l’état d’enneigement des sentiers.

 

Mises en garde

. Le Népal affiche un taux de criminalité parmi les plus bas du monde. Les dépouillements de trekkers se multiplient néanmoins sur les pistes les plus fréquentées. Les victimes sont principalement les campeurs solitaires que les voleurs repèrent aux départs des treks et suivent discrètement pendant une ou deux étapes avant de faire main basse sur les objets de valeur à leur portée en découpant la toile de tente pendant la nuit.

 

. La rébellion maoïste. Depuis 1996, le Népal voit s'opposer les forces gouvernementales et une forte guérilla maoïste, d'inspiration marxiste-léniniste. Cette rébellion a fait près de 5000 victimes. Les leaders de cette opposition exhortent leur troupes à épargner le tourisme. Mais quelques incidents à l’origine mal établie, ont décidé le gouvernement à interdire l’accès de certaines régions : districts de Lalikot, Rukum, Jajarkot, Sallyan et Rolpa notamment. Les districts de Dang, Jumla, Surkhet, Pyuthan et Sindhupalchok, sont considérés comme zones à risque, seulement accessibles à des groupes encadrés par des agences mandatées. Consultez avant le départ les mises en gardes du ministère des Affaires Etrangères français sur Internet : (http://www.diplomatie.fr/voyageurs/etrangers)

 

. Avertissement concernant la drogue. La législation est très sévère en ce qui concerne la consommation et le trafic de stupéfiants: les peines encourues peuvent aller jusqu'à la prison à perpétuité.

 

Bon à savoir

. Prévoir une rémunération complémentaire pour les porteurs (très mal rémunérés par les agences) en fin de circuit : environ 2,3€ par porteur et par jour

. Ne brûlez pas vos ordures dans le feu des maisons : les foyers ont un caractère sacré.

. Demandez l’autorisation avant de prendre quelqu’un en photo… comme en occident.

 

Bibliographie

Le grand guide du Népal, R. Rieffel, Ed. Gallimard.
Népal, guide Arthaud
Trekking in Nepal, S. Bezruchka.
The trekking peaks of Nepal, B. O'Connor, Crowood Press.
Kathmandu, Ed. Olizane, Genève.
Tarap, une vallée de l'Himalaya, C. Jest, Ed. Seuil.
Voyage au Népal, G. Le Bon, White Orchid Press.
Mustang, royaume tibétain interdit, M. Peissel, Ed. Olizane

Népal, Jean Ratel, Ed. Espaces.
Dolpo, le pays caché, E. Valli & D. Summers, Ed. Chêne.
Flowers of the Himalaya, Polunin & Stainton, Ed. Oxford.
Birds of Nepal, Carol & Tim Inskipp, Ed. Croom Helm.

On peut se procurer à Katmandou des cartes de trek de grande précision éditées par Nepal Maps, Mandala Maps ou Shangri La Maps.