Innovation tout azimut dans le textile sportif

 

La recherche de confort et les fibres écologiques sont au programme des bureaux d’études de l’industrie des sports et loisirs de plein air.

(Article paru dans les Echos, rubrique sciences, juin 2005)

 

Le développement des loisirs de plein air est un terreau fertile pour les chercheurs de l’industrie textile. C’est ce que montre le florilège d’innovations qui ont été présentées la semaine dernière par les fabricants réunis à Friedrichshafen à l’occasion du 11ème salon européen des sports outdoor. Au programme : légèreté, écologie et nouvelles membranes ultra protectrices.

Exemple chez Patagonia, très engagé sur le plan écologique (elle redistribue 1% de son chiffre d’affaires à des associations et actions vertes) comme sur la recherche à laquelle elle consacre environ 4% de son activité (240 millions de dollars l’an passé). Il y a dix ans, la firme d’Ivon Chouinard s’était illustrée en présentant les premières fourrures polaires conçues à partir de bouteilles plastiques recyclées. Cette année, c’est au tour des sous-vêtements d’être gagné par la fibre verte. Le laboratoire américain de la firme vient en effet de mettre au point un traitement antibactérien à base de carcasse de crabes. « Le « chito san » tel que nous avons baptisé cette innovation, est notre réponse écologique aux fibres anti-odeur qui sont élaborées avec des fils d’argent nocifs pour la planète », explique Isabelle Susini, responsable environnement de la marque en Europe. Dans la foulée, l’entreprise prépare également la sortie d’une veste imperméable 100% recyclée.

Mêmes préoccupations chez le fabricant italien de produits outdoor Salewa. « Chaque marché a ses spécificités, explique Pierre-Jean Touchard, directeur de la succursale française. Les pays du sud sont demandeurs de produits légers que les utilisateurs peuvent glisser au fond du sac. Plus au nord, on recherche de bonnes protections contre les intempéries sans toujours se soucier du poids. Mais partout, les questions environnementales intéressent les consommateurs ». Comme Patagonia, la marque utilise de plus en plus de coton issu de cultures biologiques qui font l’économie de 140 grammes de pesticide par tee-shirt produit. Elle sera également l’une des premières marques à proposer des vêtements élaborés à base d’amidon de maïs totalement biodégradable. « Cette fibre est produite à partir de molécules végétales de sucre issu de maïs fermenté, et elle utilise aussi du carbone qui est absorbé par la plante pendant le procédé de photosynthétisation ». Résultat : un produit à l’incomparable douceur de la soie facilitant l’évacuation de la transpiration, et au marketing imparable pour qui veut toucher la fibre sensible des écologistes.

 

La course à la respirabilité

 

L’autre sujet qui intéresse les chercheurs est la réaction des textiles aux variations de températures corporelles. Le géant Gore-Tex a ouvert le bal l’an passé avec sa membrane gonflable « airvantage » qui permet d’ajuster la chaleur du vêtement en y insufflant de l’air. Pour parvenir à ce résultat, les ingénieurs ont dessiné dans la célèbre membrane un réseau de chambres à air qui fait penser à la tuyauterie d’un chauffage central. Gonflé en quelques bouffées, le système procure un confort comparable à l’ajout d’une veste polaire. « Idéal après une suée en montagne », assure Agnès Occelli, responsable des marchés ski. L’air fait en effet obstacle au froid et grâce à la différence thermique importante entre la chaleur de la peau et la température extérieure, la transpiration peut être rapidement évacuée : elle est transformée en vapeur d’eau, et peut alors s’échapper par les nombreux pores de la membrane (1,4 milliard au cm²). On évite ainsi l’effet frisson redouté des sportifs : « Si on enferme le corps dans une cocotte étanche, l’humidité s’accumule à la surface de la peau et avec le jeux des régulations thermiques avec l’extérieur, le corps se refroidi comme un frigo », explique Agnès Occelli. Et plus on s’agite, plus le phénomène s’accentue : au niveau de la mer, les deux mètres carré de la peau évacuent environ un demi litre d’eau par jour. Mais en montagne et sous l’effet d’un effort prolongé, tout s’accélère et la transpiration, même inapparente, peut alors remplir un seau d’un litre et demi.

Accueillies comme une révolution, la formulation à base de Téflon de la membrane respirante de Bill Gore a depuis fait des émules parmi les fabricants de textiles. Et il s’agit dorénavant moins de copier le modèle américain que de faire mieux. « C’est la course à l’efficacité de l’amorçage », résume Patrice Dheu, patron de la marque de vêtements de montagne Francital. Evacuer la transpiration est en effet une chose, le faire rapidement en est une autre, plus difficile : la membrane oppose une résistance à l’évaporation. Pour que l’humidité l’a traverse, l’organisme doit mobiliser une grosse quantité d’énergie. Or le temps d’y parvenir, la transpiration se condense sous le vêtement et produit une sensation désagréable : la température interne du corps augmente, on sue à grosses gouttes et pourtant, on a froid.

Cette résistance à l’évaporation qui conditionne la respirabilité d’un vêtement se mesure en « Pascal m²/watt » (P/WH). A 29°C et 65% d’hygrométrie, une membrane respirante classique a besoin de 4,5 P/WH pour démarrer le processus. D’autres font maintenant mieux. Par exemple la nouvelle XCR de Gore-Tex qui annonce un gain de 25% qui profite aux adeptes de nouvelles pratiques intenses de la montagne (raids, trails…). Ou la MP+ utilisée cette année par Francital qui affiche un taux de résistance de seulement 2,2 qui en fait la membrane la plus respirante du marché.

Parallèlement à cette course, d’autres alternatives voient le jour. Pour réguler la température corporelle, la société américaine Outlast emploi par exemple des micro capsules de paraffine insérées dans une fibre. Sous l’effet de la chaleur corporelle dégagé par un effort intense, le matériau initialement solide passe à l’état liquide en libérant de l’énergie qui est dissipée sur la peau. « La température est ainsi mieux régulée et on frissonne moins dans l’effort », a testé Patrice Dheu qui prévoit de commercialiser cet hiver un sous-vêtement conçu dans cette matière. L’encapsulation devrait également trouver d’autres applications plus marginales, comme ce vêtement « mosquit’away » de Lafuma traité à la citronnelle.

Autre avancée technologique prometteuse : la greffe moléculaire. Avec un faisceau d’électrons, les ingénieurs parviennent à casser certaines molécules d’une fibre pour en insérer d’autres qui possèdent des propriétés que le textile d’origine n’a pas. Les chercheurs de l’armée russe auraient ainsi mis au point une fibre additionnée de carbone qui échapperait à la détection infrarouge. En employant un procédé similaire, l’espagnol IBQ assure quant à lui avoir trouvé le moyen de produire un coton au séchage rapide annoncé comme une petite révolution dans le secteur outdoor.

La modification des propriétés textiles est également source d’inspiration chez Nike qui vient de déposer le brevet d’une fibre dite active (Nike Sphere React) capable de se resserrer sous la pluie, de s’écarter sous l’effet de la chaleur et même de décoller le tissus de la peau pour accélérer son séchage grâce à des micro-pointes réactive à l’humidité. Les premières applications grand public sont prévues pour l’an prochain sous la marque outdoor de la firme, ACG.

Les recherches touchent enfin la localisation des fonctions additionnelles ; ce que Polartec, l’inventeur de la laine polaire, appelle le body mapping. « L’idée, explique David Gatti, responsable du marché français, est d’insérer sans couture des fonctions à des endroits précis d’un tissu : une protection thermique renforcée à tel niveau, une meilleure respirabilité à tel autre, ou encore une plus importante résistance à l’abrasion ici ou là ». L’entreprise travaille déjà depuis quatre ans sur ce dispositif intimement lié à la conception même des modèles puisqu’il doit cartographier dès le tricotage les zones qui seront doté de fonctions spéciales. Patagonia sera la première l’an prochain à proposer ces polaires high tech.